LE DINDON
de Georges Feydeau
mise en scène de Philippe Adrien

TELERAMA - 09/10/10
La chronique de Fabienne Pascaud
*** Tout le plaisir est pour nous
On sort halluciné du Dindon de Feydeau mis en scène par Philippe Adrien. Depuis longtemps, qu'il traque Kafka, Gombrowicz ou Witkiewicz, le patron du Théâtre ...

TELERAMA - 09/10/10
La chronique de Fabienne Pascaud
*** Tout le plaisir est pour nous
On sort halluciné du Dindon de Feydeau mis en scène par Philippe Adrien. Depuis longtemps, qu'il traque Kafka, Gombrowicz ou Witkiewicz, le patron du Théâtre de la Tempête est hanté par nos inconscients, les cauchemars qu'ils provoquent, les fantômes qu'ils font naître et renaître. D'ordinaire du côté noir de ces forces obscures, voilà qu'il en choisit la face grotesque en passant Le Dindon au tamis impitoyable des situations imaginées par un auteur joueur et suicidaire, qui semble construire et déconstruire en permanence sa pièce pour mieux la mettre à l'épreuve du pire et en sortir vainqueur. C'est à l'écriture même du texte, et des impasses que Feydeau se donne à surmonter, que nous fait assister la mise en scène virtuose de Philippe Adrien, aidé par une troupe où tous excellent d'humour, d'originalité, de vérité (mentions spéciales à Pierre-Alain Chapuis, Eddie Chignara, Luce Mouchel). A travers des reparties ravageuses droit sorties des conversations ordinaires, c'est de banales histoires d'adultère qu'il est, comme d'habitude, question ici. Deux épouses se liguent pour se venger d'époux finalement incapables de les tromper tout à fait ; d'imbroglios en quiproquos, de mensonges en coups de théâtre, la sarabande du désir empêché se fait hilarante sous sa noirceur. Obsessions, fantasmes et frustrations se déchaînent dans une mécanique folle qui se joue d'elle-même jusqu'à l'absurde. Philippe Adrien utilise tous les ressorts du théâtre pour incarner la joute de Feydeau avec nos pulsions et nos cruautés ordinaires. Et les personnages, exaspérés par leur impuissance à être dans ce maelström ingouvernable, deviennent des créatures vidées d'elles-mêmes aussi comiques que tragiques. Via les corps en folie, Feydeau réussit comme personne à joindre les styles. Un maître. Magistralement servi ici.
Fabienne Pascaud


PARISCOPE - 29/09/10
J'en ai vu des "Dindon" ! Celui-ci est assurément un des meilleurs. Philippe Adrien choisissant de monter un Feydeau, cela surprend tant ce genre théâtral n'est pas celui qu'il explore habituellement. Pourtant, ...

PARISCOPE - 29/09/10
J'en ai vu des "Dindon" ! Celui-ci est assurément un des meilleurs. Philippe Adrien choisissant de monter un Feydeau, cela surprend tant ce genre théâtral n'est pas celui qu'il explore habituellement. Pourtant, même dans les œuvres les plus sérieuses, cet homme de théâtre rigoureux a montré qu'il avait de l'esprit et que le rire ne lui faisait pas peur. Il ne faut pas s'attendre à un théâtre bourgeois utilisant des codes bien précis, mais à une vision d'un monde bourgeois et de ses codes. Du coup, on entend "fichtrement" bien le texte et on admire toute la machinerie infernale du comique de Feydeau. Je dirais même que l'on entend très bien entre les phrases. C'est d'ailleurs cette machinerie qui a séduit le metteur en scène, et toute sa scénographie tourne comme un manège autour de cette course entre ces hommes et ces femmes empêtrés dans leurs désirs, leurs mensonges. Ces gens-là se prennent les pieds dans le tapis et c'est impayable. Jean Haas a créé un décor en rouge et noir sublime, avec plateaux tournants, portes "mouvantes"… Les lumières de Pascal Sautelet, jouant sur le clair-obscur, sont très subtiles. Les costumes d'Hanna Sjödin sont de toute beauté. Les actes s'enchaînent dans un tourbillon. Le théâtre de Feydeau est un théâtre d'acteurs. Le jeu, plus que jamais, a son importance. Il y a un phrasé, un rythme à suivre. Et là, nous avons du travail d'orfèvre, dans le moindre détail. Quels comédiens ! Quel régal de les voir faire leur métier avec un grand art. Pierre-Alain Chapuis, Alix Poisson, Eddie Chignara, Luce Mouchel, Guillaume Marquet, Bernadette Le Sachet, Patrick Paroux (très "Hirchien" dans le rôle de Gérôme), Caroline Arrouas, Juliette Poissonnier, Joe Sheridan, Vladimir Ant, Pierre Lefebvre, il n'y en a pas un qui soit en deçà. La folie de Feydeau comme sa noirceur résonnent à merveille grâce à leur immense talent.
Marie-Céline Nivière

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LE MONDE .fr - 13/09/10
Bonheur du Dindon au Théâtre de la Tempête
Adrien va jusqu’au bout de la folie tantôt hilarante, tantôt angoissante, de ce théâtre d’acteur aussi complexe que jouissif. Il suffit ...
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LE MONDE .fr - 13/09/10
Bonheur du Dindon au Théâtre de la Tempête
Adrien va jusqu’au bout de la folie tantôt hilarante, tantôt angoissante, de ce théâtre d’acteur aussi complexe que jouissif. Il suffit de laisser parler jusqu’au bout les gags qui déferlent à chaque scène, puisqu’ils sont quasiment tous traversés par les vertiges de l’âme. Fragilité des amoureux qui ne retiennent pas le nom des partenaires qu’ils disent adorer. Détresse des hommes qui aiment « toutes les femmes », même si « ça n’est pas flatteur pour chacune ». Fantasmes des épouses fatiguées d’avoir « toujours le même mari », surtout celles, les plus vertueuses, qui rêvent ouvertement d’être cocues pour pouvoir crier vengeance en s’offrant au premier venu…
Pour dire ces vertiges-là, le décor du spectacle tourne tel un manège infernal. Et tout comme le décor, les comédiens nous font tourner la tête. Chacun se livre à des performances qui sont autant de petites œuvres d’art vivantes. Il y a par exemple les danses délirantes de Pontagnac (Eddie Chignara) en pleine parade amoureuse ; ou bien la scène où Lucienne Vatelin (Alix Poisson) se transforme en redoutable torera ; ou encore l’hystérie savamment excessive de Maggy Soldignac (Caroline Arrouas), fraîchement débarquée d’Angleterre à la poursuite de Vatelin… Et puis il y a les grimaces et compositions ahurissantes de Luce Mouchel, qui interprète tour à tour une Clotilde Pontagnac en manteau de fourrure, et une femme de chambre dans un hôtel de passe. A vrai dire, aucun membre de la troupe ne fait exception à ce bonheur du jeu qui engendre, immanquablement, le bonheur du spectateur.
Judith Sibony


FIGAROSCOPE - 15/09/10
Georges Feydeau regardait agir ses personnages, il les entendait. Philippe Adrien, qui met en scène Le Dindon sur une tournette infernale signée Jean Haas, ne s'en tient pas à des questions mécaniques. Il veut ...

FIGAROSCOPE - 15/09/10
Georges Feydeau regardait agir ses personnages, il les entendait. Philippe Adrien, qui met en scène Le Dindon sur une tournette infernale signée Jean Haas, ne s'en tient pas à des questions mécaniques. Il veut l'os. Le sens. Les ombres angoissantes de Pascal Sautelet accompagnent cette ronde d'allumés en un rythme haletant. On bouge, on tourne, et lorsque l'on cherche le repos dans un lit, la stridence des sonnettes vous effraie… Il faut des comédiens de ressource pour interpréter sans fausse note cette partition diabolique. On rit… mais souvent jaune ! Ils sont douze, précis et extravagants. Pierre-Alain Chapuis, hallucinant Vatelin, fait couple avec Alix Poisson, femme de repartie ; Luce Mouchel est une grandiose Clotilde encombrée d'un époux dépassé, Eddie Chignara. Bernadette Le Saché, drôlissime Mme Pinchard, donne du fil à retordre à Patrick Paroux, Monsieur. Juliette Poissonnier irrésistible Armandine, Caroline Arrouas Maggy, survoltée que Joe Sheridan a du mal à suivre, s'en donnent à cœur joie comme le superbe Rédillon de Guillaume Marquet, Vladimir Ant et Pierre Lefèbvre, essentiels. Un formidable travail de troupe !
Armelle Héliot


MARIANNE - 25/09/10
Les grands esprits traitèrent longtemps le vaudeville par le mépris, considérant que si les gens de peu y trouvaient du bonheur, c’est qu’il fallait prendre la chose avec des pincettes. Et c’est comme ça ...

MARIANNE - 25/09/10
Les grands esprits traitèrent longtemps le vaudeville par le mépris, considérant que si les gens de peu y trouvaient du bonheur, c’est qu’il fallait prendre la chose avec des pincettes. Et c’est comme ça que Feydeau fut souvent considéré comme un morceau de second choix. Or, le grand Georges est le roi de la farce, du quiproquo, de l’absurde et de l’humour. Dans Le Dindon, tout n’est que bonheur du texte et pertinence de la situation. A priori rien de très sérieux puisqu’il s’agit d’une histoire de cocufiage généralisé comme il en existe depuis la grotte de Lascaux. Mais Feydeau a le don de brosser des portraits qui en disent plus long que bien des discours sur la quête de l’amour, la pesanteur des préjugés, la petitesse du machisme, et l’art de faire sauter les barrières culturelles, dans un match où les femmes l’emportent par KO.
Jack Dion

LE JOURNAL DU DIMANCHE - 29/09/10
VAUDEVILLE parmi les plus fameux de Georges Feydeau, Le Dindon convoque une série de situations plus rocambolesques les unes que les autres. Du haut de sa ...

LE JOURNAL DU DIMANCHE - 29/09/10
VAUDEVILLE parmi les plus fameux de Georges Feydeau, Le Dindon convoque une série de situations plus rocambolesques les unes que les autres. Du haut de sa belle époque, l'auteur y paraît résolument précurseur de l'absurde, dont s'empareront plus tard Ionesco ou Beckett. Dans cette explosive basse-cour, on croise des épouses outragées, des maîtresses hystériques, des provinciaux mal embouchés et, bien sûr, des maris sur le point de commettre l'irréparable. Avec une troupe de haute volée (Pierre-Alain Chapuis, Bernadette Le Saché, Joe Sheridan, Alix Poisson...), Philippe Adrien propose une mise en scène vivante et littéralement tourbillonnante. Chacun y va de son grain de folie, on rit beaucoup.
Al. C.

LES ECHOS - 24/10/10
Dès les premières secondes du spectacle, on sait que Philippe Adrien tient ce « Dindon » par le bon bout. L'entrée tourbillonnante des comédiens ...

LES ECHOS - 24/10/10
Dès les premières secondes du spectacle, on sait que Philippe Adrien tient ce « Dindon » par le bon bout. L'entrée tourbillonnante des comédiens dans le beau décor-manège de Jean Haas donne la température du spectacle : élevée, parfaitement en accord avec la verve assassine de Feydeau. Il y a dans ces premières images un mélange de farce et de grotesque, de comédie et de cauchemar, qui déclenche immédiatement le rire - mais un rire étranglé. Une poursuite folle à la Buster Keaton, des portes fantômes qui tournoient, un bout de canne menaçant qui surgit… et hop, le futur dindon de la farce s'est introduit dans l'intérieur bourgeois. Le pari du metteur en scène (et directeur du Théâtre de la Tempête) sera tenu durant toute la représentation : « Ne rien céder ni sur la gravité et la profondeur de la pensée [de Feydeau], ni sur sa légèreté et l'allégresse de son style. »
« Le Dindon » est une pièce particulièrement épicée, qui demande la cuisson d'un grand chef (...) : la « lecture » limpide de Philippe Adrien permet de ne jamais perdre le fil, de saisir toutes les subtilités des dialogues hilarants et absurdes. (...) Rigueur et folie se conjuguent dans ce spectacle chorégraphié, qui s'appuie sur une troupe de comédiens virtuoses, en apesanteur. Le texte n'est jamais noyé, les gags visuels viennent en complément des bons mots de Feydeau, irrésistiblement actuels. Le rythme infernal de la pièce, qui nous trimbale d'un appartement cossu de la rue de La Trémoille à un hôtel borgne est respecté quasiment de bout en bout. Les passages fantastiques sont particulièrement réussis - telles l'apparition du Provençal en lapin de Lewis Carroll ou la scène de sexe déchaînée et « stromboscopique » entre Rédillon, le célibataire, et sa copine Armandine. Au-delà du rire et de l'ivresse, Philippe Adrien met savamment en lumière la satire très crue de la sexualité frénétique des bons bourgeois parisiens et surtout le côté presque féministe de la pièce : les femmes triomphent à la fin, mettant au pas leurs maris-amants, trompeurs trompés, hommes-objets ou animaux, dindons d'une farce où ils ont laissé toutes leurs plumes.
Philippe Chevilley


LE POINT .fr - 17/09/10
Le mari, la femme, l’amant... Dans Le Dindon de Feydeau, le trio de vaudeville élémentaire se corse. Car on a là un inlassable coureur de jupons qui veut ...

LE POINT .fr - 17/09/10
Le mari, la femme, l’amant... Dans Le Dindon de Feydeau, le trio de vaudeville élémentaire se corse. Car on a là un inlassable coureur de jupons qui veut faire de la femme d’un ami sa maîtresse, laquelle promet de chercher un amant dans le seul but de se venger, au cas où son propre mari prendrait lui-même une maîtresse. Ajoutez à cela un jeune héritier épris de noce et de filles faciles, une épouse maintes fois trompée qui veut aussi répondre à l’adultère par l’adultère, une amante anglaise hystérique, un Londonien de Marseille qui la fait suivre... Ouf ! Chausse-trappes, quiproquos, syncopes, alternance rapide de décors... Complexe ? Subtil ! La mécanique comique, doublée ici d’une noirceur étonnante, nécessite une rigueur implacable.
Quelle jeunesse, quelle vivacité dans la version qu’en livre Philippe Adrien - à 70 ans, un jeune homme ! Il saisit ce Dindon à bras-le-corps et le projette, dès la première seconde, dans un univers sombre à souhait, façon film muet empreint d’angoisse. Dans un décor noir, superbe (Jean Haas), et dans la pénombre, Lucienne Vatelin tente d’échapper à son assaillant, Pontagnac, ce qui leur vaut une course-poursuite sur tournette, avec musique obsédante et portes qui claquent. Brillant. Tout réjouit, et surtout les comédiens. Grande carcasse brune, regard noir écarquillé, mine impayable, Eddie Chignara - déjà épatant dans Le Roi nu - est désopilant en mari trompeur, coq devenu dindon. Alix Poisson, qu’on a aimée dans des registres plus sombres, révèle ici un vrai talent comique. Sa scène de femme bafouée transformée en maîtresse dominatrice est irrésistible. Et puis Guillaume Marquet (Redillon), Juliette Poissonnier (Armandine, cocotte attachante), Patrick Paroux (formidable en sergent-major retraité tout autant qu’en valet attentif). Tous ensemble nous conduisent vers un savoureux renversement des rôles où ces dames finissent par l’emporter, femmes-objets devenues sujets et maîtresses de leur destin.
Nedjma Van Egmond


LA CROIX - 16/09/10
Reprenant à son compte le sempiternel trio du mari, de la femme et de l’amant, Feydeau le remodèle pour aboutir à une véritable machine infernale. S’il est bien question d’adultères, ces derniers ...

LA CROIX - 16/09/10
Reprenant à son compte le sempiternel trio du mari, de la femme et de l’amant, Feydeau le remodèle pour aboutir à une véritable machine infernale. S’il est bien question d’adultères, ces derniers ne se consomment jamais, emportés par la mécanique extraordinaire des imbroglios qui se surajoutent et s’enchevêtrent autour non plus d’un seul couple ou trio, mais de deux, trois, voire quatre… (...)
C’est ce parcours éprouvant, effrayant que met joyeusement en mouvement Philippe Adrien, conduisant le public entre onirisme et grotesque, rire franc et rire jaune quand soudain se réveillent chez les spectateurs, en même temps que chez les protagonistes, pulsions, tabous, frustrations…
Maîtres d’un jeu alliant en une troublante alchimie les règles de l’« abattage » du vaudeville et celles de l’évidente simplicité, les comédiens révèlent avec brio toute la part noire de leurs personnages égoïstes, mesquins, hypocrites, ridicules, et même méchants. Mais c’est sans jamais les priver de leur humanité. (...)
Tous sont à citer : Eddie Chignara (étonnant mari « marcheur »), Alix Poisson (sa « victime » coquette), Pierre-Alain Chapuis (le mari bonhomme de cette dernière), Luce Mouchel, Caroline Arrouas, Patrick Paroux… et, enfin, Bernadette Le Saché que l’on retrouve avec un bonheur indicible, délicieuse « sourde » provinciale qui préfère le ballet à l’opéra !
Didier Mereuze


LA TERRASSE - 01/10/10
Le Dindon au mieux de sa forme. Avec une formidable équipe de comédiens, Philippe Adrien réussit brillamment la représentation de la ronde délirante des désirs contrariés. Un régal !

LA TERRASSE - 01/10/10
Le Dindon au mieux de sa forme. Avec une formidable équipe de comédiens, Philippe Adrien réussit brillamment la représentation de la ronde délirante des désirs contrariés. Un régal !
Mariages, adultères, désirs, pièges... Ce Dindon que l’on réduit parfois à un vaudeville effréné va beaucoup plus loin que l’on croit : il s’aventure dans les méandres de la folie, restituée avec une précision implacable et affolante, il déjoue sans cesse le réel, truffé d’erreurs, de quiproquos, de malentendus et de simulations, le tout orchestré par une langue vive, brusque, drôle, tranchante. Même si tout cela ne peut se concrétiser et se constater que sur scène, et bien sûr en aucun cas à la lecture. Bref, ce Dindon, c’est une sacrée prise de risque pour un metteur en scène ! Il faut assurer pour ne pas se faire piéger. Philippe Adrien a osé, et il réussit brillamment ! Le spectacle reste dans la rétine, car il constitue une représentation remarquablement maîtrisée de la métamorphose d’une vie apparemment routinière en un délire cauchemardesque, et déploie un théâtre total mobilisant à fond les corps, le jeu, l’espace, le son. La langue bondit d’un personnage à un autre comme un animal bondit sur sa proie. La scénographie très astucieuse et surréaliste envoie valser (au sens propre !) dès le début les codes du vaudeville et installe une ambiance dédalesque de chaos, où les portes bougent et comme chez Lewis Carroll font craindre de grands bouleversements… ou déclenchent le rire. Les comédiens assurent au millimètre et semblent prendre possession avec délice de leurs personnages, qui ne ressemblent en rien à des figures archétypales - ils sont bien trop vivants et trop délirants pour cela. Ici la danse rituelle du Haka devient parade amoureuse, et un rendez-vous galant clandestin se pare d’une tonalité fantastique et onirique.
Désirs battus en brèche
Tous forment un bel accord pas tempéré du tout et savamment désaccordé, les désirs des uns étant sans cesse contrariés et battus en brèche par les désirs des autres, et cette déréglementation foudroyante introduit une irrationalité générale dans les demeures bourgeoises. Un vrai régal ! Tout commence par l’irruption du coureur de jupons Pontagnac (Eddie Chignara) chez Lucienne (Alix Poisson), qu’il a suivie sans savoir que son mari, Vatelin (Pierre-Alain Chapuis) est un de ses amis. Pontagnac est l’époux de Clotilde (Luce Mouchel), Vatelin a une ex qui le poursuit, Maggy (Caroline Arrouas), elle-même épouse de Soldignac, l’Anglais de Marseille (Joe Shéridan). Et le grandiose Rédillon (Guillaume Marquet), célibataire généralement plein de vigueur (sauf en cas de panne), prend le statut d’objet sexuel et d’instrument de vengeance pour les dames. Car une fois n’est pas coutume, les femmes dominent ici les hommes et remettent en place les préjugés. Tout ça est un bon début, qui va bien sûr se corser considérablement lorsque l’action se déplace dans un hôtel (inénarrable couple Pichard)…L’homme est ainsi fait, son cerveau n’a pas de limites lorsqu’il devient la proie de ses délires, la vie est toujours compliquée, dans cette pièce la complexité atteint des sommets et on en rit ! Le théâtre ici précisément parvient à représenter ce délire si humain, à la fois très concret et ouvrant d’insondables failles psychiques.
Agnès Santi


FRANCE CULTURE - 06/09/10
Dans le salon des Vatelin, la rencontre entre Pontagnac le joli cœur et Crépin le mari de Lucienne qui est plus manipulatrice que manipulée. Maris volages, cocottes idiotes, femmes jalouses et soupirants benêts… ...

FRANCE CULTURE - 06/09/10
Dans le salon des Vatelin, la rencontre entre Pontagnac le joli cœur et Crépin le mari de Lucienne qui est plus manipulatrice que manipulée. Maris volages, cocottes idiotes, femmes jalouses et soupirants benêts… Comme toujours chez Feydeau, la pièce est un chassé-croisé infernal qui donne le tournis. Drôle, oui, mais aussi noir, très noir. Feydeau regarde les bourgeois comme un entomologiste, un joueur d’échecs qui déplace des pions. On dit souvent de l’auteur qu’il crée des horlogeries de précision ; « il n’y a rien de plus ennuyeux qu’une montre » rétorque le metteur en scène Philippe Adrien. Il a choisi de faire marcher ses personnages à contresens, comme s’ils étaient empêchés ; au début du spectacle, on voit Lucienne tenter de lutter contre le mouvement de la tournette, une sorte de manège qui permet les changements de décor. On a l’impression d’être chez Kafka dans un cauchemar brumeux et absurde. La mise en scène joue sur le mouvement, les gestes et les déplacements des acteurs sont très chorégraphiés, on est entre les arts martiaux et la comédie musicale quand les maris, les femmes et les amants se mettent en ligne et esquissent quelques pas sur un ragtime. Grimaces, yeux révulsés, des bras qui s’agitent, il y a quelque chose d’expressionniste dans le jeu des acteurs même si la consigne est de rester naturel.
Sophie Joubert
>>> Ecoutez l'émission :
http://www.franceculture.com/emission-le-spectacle-du-jour-le-dindon-de-feydeau-a-la-tempete-2010-09-06.html?sms_ss=email
ou :
http://www.franceculture.com/player?p=reecoute-2814561#

FRANCE INFO - 16/09/10
Une mise en scène exubérante et réjouissante. Philippe Adrien emboite le pas au maître du vaudeville en portant un œil neuf sur son écriture. Il ne lâche rien, ni sur la forme – le côté léger et fantasque de Feydeau, ni sur le fond – son interrogation sincère ...
FRANCE INFO - 16/09/10
Une mise en scène exubérante et réjouissante. Philippe Adrien emboite le pas au maître du vaudeville en portant un œil neuf sur son écriture. Il ne lâche rien, ni sur la forme – le côté léger et fantasque de Feydeau, ni sur le fond – son interrogation sincère sur le fonctionnement de l’homme et de la femme, ces étranges animaux. Qui trompe qui ? Le Dindon pourrait se résumer à cette simple question. Maris, femmes et amants courent les uns après les autres pendant plus de 2 heures, dans le décor d’un appartement bourgeois juché sur une tournette, une sorte de double plateau tournant. Et tout le génie de Feydeau, et de cette mise en scène, c’est de nous faire rire de nos éternels questionnements sur le désir et l’amour, sur la confusion entre nos sentiments et nos pulsions. La mise en scène alerte, drôle et rythmée, laisse entendre clairement le texte. Le directeur de la Tempête fait mouche avec ce Dindon, il réussit à photographier l’intelligence et la puissance de cet imbroglio délirant. Les 12 acteurs sont excellents, notamment la comédienne Alix Poisson. Elle incarne Lucienne Vatelin dans une scène hilarante du dernier acte, avec le bien nommé Rédillon, joué par Guillaume Marquet, son amant de cœur, épatant lui aussi.
Claire Baudéan

FRANCE 2 .fr - 20/09/10
Dans cette pièce, au style daté, qui laisse en principe peu de place à l'invention, Philippe Adrien a trouvé la bonne recette : un rythme virevoltant et léger et surtout des personnages bien marqués, ...

FRANCE 2 .fr - 20/09/10
Dans cette pièce, au style daté, qui laisse en principe peu de place à l'invention, Philippe Adrien a trouvé la bonne recette : un rythme virevoltant et léger et surtout des personnages bien marqués, qui prennent le temps de boire du thé, comme dans une comédie anglaise. Les acteurs sont bien placés, bougent avec beaucoup de science. Pierre-Alain Chapuis qui interprète Vatelin, impose sa mise soignée -costume gris d'avoué-, son flegmatisme, sa finesse de jeu. Décor et costumes sont au top et les entrées et sorties sont particulièrement soignées. On reconnait là la patte du metteur en scène Adrien, qui se sert d'un carrousel, avec les portes qui se referment en permanence, emportant les personnages qui courent les uns après les autres Aussi le choix, une fois ou deux, d'une lumière stroboscopique aux effets d'une grande modernité. Une grande fraîcheur, des personnages dotés d'une belle épaisseur et des comédiens qui jouent très bien ensemble ; sans oublier les trouvailles, comme la femme, habillée en espagnole adepte de flamenco dominant celui qui veut être son amant... Un Dindon classe number one.
Jean-Claude Rongéras
