POLITIS - 11/10/12
La parade du fiasco. Bug ! ou l'échec comme principe du monde moderne.
Les meilleurs feuilletons s'écrivent à deux, même au théâtre. Jean-Louis Bauer et Philippe ...
POLITIS - 11/10/12 La parade du fiasco.Bug ! ou l'échec comme principe du monde moderne.
Les meilleurs feuilletons s'écrivent à deux, même au théâtre. Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien se sont associés pour composer Bug !, qui emprunte le mouvement de tourbillon du monde moderne pour mieux l'épingler, l'analyser et le dénoncer.
Point de départ : au château de Versailles, devenu le temple de la mondanité, deux informaticiens débutants, une jeune femme et un jeune homme, viennent chercher leur prix obtenu dans un concours de logiciels. Pas de chance, un bug se produit. Pas de prix, mais une mutation des lauréats en chimpanzés ! Les voilà obligés d'aller traquer le bug lui-même pour le détruire et recouvrer leur forme humaine. Leur périple ne suivra pas une ligne droite. Planétaire, il sautera du passé au futur. Voilà les hommes-singes à Auschwitz, dans la chambre d'une femme qui a perdu la mémoire, dans l'atelier du sculpteur qui conçoit un mémorial pour le Rwanda, ou bien sur un terrain de football. La pièce de Bauer-Adrien, qu'Adrien met en scène dans un grand mouvement carnavalesque, s'envole avec la fantaisie des romanciers populaires mais s'appuie sur un concept d'aspect scientifique : à partir du moment où l'informatique a inventé le bug, ce ternie qui signifie ratage devient là un principe scientifique - l'échec est l'un des moteurs de la société où nous vivons - et un principe artistique - tous les tableaux qui composent cette action folle se terminent par des fiascos.
Derrière cette course à l'échec se dessine une charge contre une certaine « modernité ». Passent dans la galerie des glaces : Jean Genêt (épargné par la satire), un milliardaire qu'on reconnaîtra, Michel Houellebecq, Jeff Koons, Michael Jackson… Que de vacuité dans nos parades artistiques, semblent dire les auteurs, qui écrivent dans l'esprit apocalyptique d'une littérature très contemporaine tout en se souvenant des folles exagérations des années 1970. Il y a du Magic Circus, dans ce Guignol, mais soumis aux circuits intégrés d'Apple ou de Microsoft.
Le style est appuyé, le bon goût interdit, mais, porté par treize acteurs (Alain Gautré, Bernadette Le Saché, Tony Mpoudja...), des prothèses et une technologie chahuteurs, ce moment de provoc' et de mise en cause secoue heureusement le politiquement culturel et artistique du circuit subventionné. Gilles Costaz
LE CANARD ENCHAINE - 10/10/12
Bug ! (Qui trop embrasse mal pétrin)
Vous voulez vous fâcher avec vos amis ? Emmenez-les voir cette pièce. L’effet est garanti. On y voit un couple d’informaticiens qui ...
LE CANARD ENCHAINE - 10/10/12 Bug ! (Qui trop embrasse mal pétrin)
Vous voulez vous fâcher avec vos amis ? Emmenez-les voir cette pièce. L’effet est garanti. On y voit un couple d’informaticiens qui se trans-forment en chimpanzés (puis la chimpanzee se transforme en crapaude). Un clone de Michael Jackson, habillé comme Michael Jackson, et qui danse comme Michael Jackson. Un chirurgien allemand fou à la Mengele qui mène des expériences sur des humains. Un type avachi qui bégaye et qu’on appelle Houelbègue. Une grande rouquine hystérique qui se caresse en s’imaginant partouzer dans la chambre de Marie-Antoinette. Son patron, Bernard Pinaud, qui se masturbe longuement debout sur une table - « Je suis bourré d’excitants et je n’arrive même pas à lancer mon foutre à cinq mètres ! ». La patronne d’une grande agence de com’ qui, une fois déshabillée, révèle un corps monstrueux, avec un bide énorme, plusieurs vulves et phallus entre les seins et ailleurs, et qui crie: « Oh oui, débugue-moi ! Débugue-moi partout, mon chéri ! Partout partout partout ! »
Vous commencez à voir le genre ? Eh bien, ce n’est pas fini: vous croiserez aussi un Jean Genet sanguinolent, une ancienne déportée d’Auschwitz en train d’agoniser sur un lit d’hôpital, un black à qui l’on a commandé un mémorial pour le génocide du Rwanda, le patron du labo pharmaceutique Servlé, un artiste dénommé Koons, on en oublie sûrement, mais pas de raton laveur.
Et en prime vous circulerez d’un bureau informatique au jardin Rûmmerwald à Badenweiler, en passant par la fondation Rothschild, le château de Versailles, un loft d’artiste, un labo de plastination, une colline du Rwanda... Et, superbonus, vous verrez des écrans, un qui vous sépare en permanence de la scène (peut-être que tout ça se passe dans un ordinateur ?), un autre par-derrière, des écrans sur lesquels apparaîtront une araignée, des clones, des textes, des motifs informatiques, n’en jetez plus.
Treize comédiens, une scénographie d’enfer, des tas d’effets visuels, des musiques, et tout ça pendant 2 heures 15 non-stop... On ne peut pas dire que le directeur du théâtre de la Tempête, Philippe Adrien, qui a coécrit cette pièce avec Jean-Louis Bauer et la met en scène, ait lésiné sur les moyens ni qu’il ait manqué d’ambition. Il s’agit ici de rien de moins que de dénoncer notre stupide XXIe siècle et son désir fou de perfection (et d’immortalité) par manipulations génétiques et programmes informatiques. Et de rappeler que tout ça finit toujours par buguer, il y a toujours de la friture sur la ligne, des fautes de frappe, des lapsus, des pannes, et même des génocides, errare humanum est. Mais le hic est qu’à force de brasser satire sociale, critique de la com’, du Web et de l’art contemporain, réflexions sur les génocides d’hier (la Shoah) et d’aujourd’hui (le Rwanda), et de jouer sur plusieurs registres, comédie délirante, fable à la Marco Ferreri, barnum SF, théâtre de l’absurde, Adrien aboutit à un grand n’importe quoi.
Bon, évidemment, quelques moments réussis surnagent dans cette soupe high-tech à ma grand-mère. Par exemple quand Bernard Pinaud lâche pompeusement: « Mes amis, j’ai découvert une jeune artiste aborigène, d’une très grande profondeur humaine, et j’aimerais beaucoup l’aider », on croit entendre l’original. Ou quand on tombe sur ce dialogue: « Pour vous, le Rwanda et la Shoah, c’est différent ou c’est la même chose? – La quoi ? – La Shoah. – Non, ça ne me dit rien. – Vous ne vous souvenez pas ? – Non. La Plagne. J’allais à la Plagne avec les enfants quand ils étaient petits… »
Emmenez vos amis voir « Bug ! » Le dîner d’après spectacle sera forcément tonique… Jean-Luc Porquet
L'HUMANITE - 05/10/12
Au Théâtre de la Tempête, Bug!, une pièce extravagante
Le public est immédiatement plongé dans un univers kafkaïen où règne l'absurde et l'illogique, ...
L'HUMANITE - 05/10/12 Au Théâtre de la Tempête, Bug!, une pièce extravagante
Le public est immédiatement plongé dans un univers kafkaïen où règne l'absurde et l'illogique, quand Charline et Arthur, deux informaticiens créateurs d'un logiciel, se retrouvent victimes du bug de leur invention et sont alors métamorphosés en chimpanzés. Ils partent à la chasse au bug sur la Toile et sur toute la planète. Interprétés par Guillaume Marquet et Juliette Poissonnier, les comédiens en mutation animale sont le fil conducteur des aventures. Ils s'expriment avec leur corps dans des mouvements quasi dansés, tout au long de leur transformation. Philippe Adrien, directeur du Théâtre de la Tempête, a mis en scène cette pièce où un écran symbolise l'espace du logiciel défaillant. C'est aussi la barrière entre le voyage dans les méandres de la Toile informatique et les spectateurs. Les acteurs jouent chacun un à deux personnages qui passent d'un lieu à un autre par des placards ou des trous noirs. Le dîner délirant qui suit la remise du prix du logiciel international à Versailles est le climax de la pièce. C'est une vraie réunion orgiaque entre Jean Genet, deux chimpanzés informaticiens, Michael Jackson (joué par Pierre Lefevre), Jeff Koons et ... Paul Magamé. Abordant des thèmes de société, le sexe est au centre de la majorité des relations qui unissent tous les hommes, femmes et animaux de la pièce. Les histoires sont liées les unes aux autres comme des rêves ou des cauchemars accumulés par l'inconscient. Paradoxalement, cet objet théâtral provocant et drôle est aussi une réflexion sur le sens de la vie. Sophie Boutboul
LA TERRASSE - 03/10/12
Philippe Adrien met en scène une comédie délirante et terrifiante qu’il a coécrite avec Jean-Louis Bauer, dont l’outrance débridée représente avec une force percutante les ...
LA TERRASSE - 03/10/12 Philippe Adrien met en scène une comédie délirante et terrifiante qu’il a coécrite avec Jean-Louis Bauer, dont l’outrance débridée représente avec une force percutante les dysfonctionnements de notre monde.
« Et si le moment était venu de faire le point ? Le point sur notre culture. » s’interrogent Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien pour introduire la présentation de la pièce qu’il ont écrite. Rien que ça ! Pour trouver des réponses sur l’état du monde contemporain, on peut certes consulter divers rapports commis par des experts de tout poil, pointant les dysfonctionnements de nos sociétés. On peut aussi dans un autre style aller voir cette comédie délirante, déjantée et terrifiante, dont l’outrance kitch et débridée, si elle fait parfois rire, diffuse un malaise certain dans l’esprit du spectateur tant elle représente avec intensité et véhémence toute l’étendue des dégâts et des menaces qui annihilent et détruisent l’humain. Là est la grande réussite de ce spectacle choc : ce malaise que l’on ressent a clairement ses raisons d’être, et dans le fond et la forme la pièce dénonce avec une force percutante ce qui ne va pas. Ainsi les protagonistes sont-ils enfermés et prisonniers de la folie du monde, de ses dérèglements successifs et multiples. La quête forcenée de perfection, le culte asservissant de l’apparence, la volonté de satisfaire chaque désir transformé en besoin, le surgissement incessant de nouveaux impératifs et désirs, la toute puissance de l’argent, et plus grave évidemment l’extermination de populations désignées comme nuisibles : autant de dérives dont témoigne l’Histoire et qui dans la pièce se traduisent par des séquences carabinées. Exemple frappant : une réunion mondaine à Versailles se transforme ici en orgie consommatoire et sexuelle. Un monde convulsif
Le monde informatique sert de cadre à la pièce, dans une remarquable scénographie signée Jean Haas. Charline et Arthur, lauréats d’un concours international de logiciels, sont victimes d’un bug qui les métamorphosent en… chimpanzés. Ils partent donc à la chasse au bug, sillonnant l’espace et le temps afin de retrouver leur enveloppe humaine. Peine perdue… Chacun l’aura compris : le bug tragique est à la source. Les comédiens interprètent avec talent une foule de personnages. On découvre dans son lit la grand-mère d’Arthur, rescapée d’Auschwitz. Se souvenir du plus grand massacre planifié de tous les temps, et de tous ces autres massacres qui ont endeuillé la planète ? Donner leur place aux morts ? Les réponses inquiètent. On découvre aussi la sœur d’Arthur, qui vit avec un artiste rwandais à qui Bernard Pinaud commande un mémorial. On croise Gunther, spécialiste de la plastination. L’allusion à des personnages réels ne fait que rendre la charge plus virulente : Bernard Pinaud (mix des rivaux François Pinault et Bernard Arnault : « les affaires sont les affaires ! »), Servlé (et son médicament pourri), etc. Un monde convulsif, énervé, désespérément prisonnier d’une surenchère galopante, d’une quête insensée. Le portrait pertinent est très acide, et toute cette causticité laisse voir une infinie tristesse. Un théâtre de la mise en garde… Agnès Santi
MARIANNE - 24/09/12
Où est le mythe et où est la réalité ? Les technologies modernes nous font-elles entrer dans un univers sans mémoire où tout serait préréglé, où le moindre dysfonctionnement ...
MARIANNE - 24/09/12
Où est le mythe et où est la réalité ? Les technologies modernes nous font-elles entrer dans un univers sans mémoire où tout serait préréglé, où le moindre dysfonctionnement serait une bombe ? Tel est le thème de « Bug ! ». C’est l’histoire folle de deux jeunes informaticiens, Charline (Juliette Poissonnier) et Arthur (Guillaume Marquet) victimes d’un bug au moment même où ils sont couronnés lors d’un concours de logiciels. Les voilà transformés en chimpanzés ! Pour retrouver visage humain, ils partent à la chasse au bug.Au cours de cette aventure qui les fait passer d’un côté à l’autre de l’écran, ils croisent des rescapés d’Auschwitz, des survivants du Rwanda, des mécènes organisant des fêtes à prétention culturelle au Château de Versailles avec Jeff Koons et compagnie - on en passe et des meilleures. Dans cette pièce menée à un train d’enfer, avec un recours bien maitrisé de la vidéo (c’est chose rare), Philippe Adrien passe sans cesse du comique et de la provocation à l’interrogation philosophique. C’est du travail cousu main. Jack Dion
AFP - LA SCENE - 24/09/12
Y a un “Bug”: le théâtre de la Tempête dissèque les cauchemars du monde
La scène est un écran d’ordinateur, et la comédie délirante qui s’y joue regorge d’apprentis ...
AFP - LA SCENE - 24/09/12 Y a un “Bug”: le théâtre de la Tempête dissèque les cauchemars du monde
La scène est un écran d’ordinateur, et la comédie délirante qui s’y joue regorge d’apprentis sorciers : “Bug !”, jouée au Théâtre de la Tempête, met en scène deux petits génies de l’informatique, un adepte du clonage, sans oublier un patron de labo pharmaceutique véreux.
La pièce de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien se coltine allègrement avec les excès de notre monde en mutation, convoquant aussi bien l’écrivain Michel Houellebecq que le PDG de l’industrie du luxe et mécène Bernard Pinault, Gunther Von Hagens, inventeur de la plastination de cadavres, l’artiste Jeff Koons et un certain Jacques “Servlet”, alias Servier, patron du labo qui a produit le Mediator.
Au risque d’égarer un peu le spectateur, “Bug !” brasse large. L’histoire initiale, un “Bug” de leur logiciel qui transforme deux petits génies de l’informatique en chimpanzés, est prétexte à une vaste balade à travers les cauchemars du monde moderne, en passant par la Shoah et le génocide rwandais.
Pas de doute, “le bug est dans le monde”, estiment les deux auteurs, qui lancent leurs malheureux informaticiens-chimpanzés à la recherche «du malaise dans la civilisation».
La mise en scène inventive glisse de l’écran d’ordinateur traversé d’inquiétantes zébrures à la Galerie des glaces du château de Versailles, théâtre d’une orgie réjouissante.
En une fraction de seconde, nous voilà dans la chambre d’hôpital où Juliette, vieille dame rescapée de la Shoah, retrouve lentement la mémoire, puis en Afrique, sur le lieu des charniers du Rwanda.
Touffue mais créative, la pièce évoque nombre de cauchemars, du bug informatique au “dysfonctionnement qui dépasse tout”, le génocide. Sans parvenir évidemment à répondre à la question centrale: où est le bug ? Au spectateur de trouver la réponse.
TELERAMA - 12/09/12
Deux brillants informaticiens sont lauréats d'un concours international de logiciels. Au moment de la présentation au public se produit un immense bug et beaucoup d'autres surprises... Philippe Adrien, dont on connait les qualités ...
TELERAMA - 12/09/12
Deux brillants informaticiens sont lauréats d'un concours international de logiciels. Au moment de la présentation au public se produit un immense bug et beaucoup d'autres surprises... Philippe Adrien, dont on connait les qualités de metteur en scène, propose une comédie délirante qui interroge la société contemporaine. Sylviane Bernard-Gresh
LA TERRASSE - 06/09/12
Philippe Adrien met en scène cette comédie délirante qu’il a coécrite avec Jean-Louis Bauer, métaphore rocambolesque qui tente de percer le secret du malaise de la civilisation.
Comment mettre en ...
LA TERRASSE - 06/09/12 Philippe Adrien met en scène cette comédie délirante qu’il a coécrite avec Jean-Louis Bauer, métaphore rocambolesque qui tente de percer le secret du malaise de la civilisation.
Comment mettre en scène le malaise de notre civilisation ? Comment sur un plateau de théâtre pointer du doigt ce qui ne va pas dans notre société ? « Que sommes-nous aujourd’hui après ce qu’on a appelé la mort de Dieu, la colonisation, deux Guerres mondiales, la Shoah, la fin des empires et des idéologies universalistes ? Sommes-nous indemnes du projet génocidaire ? De la razzia néo-libérale, de la société du spectacle et de la consommation ? Savoir après tout, si nous ne sommes pas, en fait, des mutants ? » Philippe Adrien et Jean-Louis Bauer ont coécrit une comédie délirante qui nourrit la réflexion sur ces questions, ils ont imaginé une aventure rocambolesque totalement débridée, une métaphore ultra contemporaine qui laisse justement voir les impasses et les dangers de notre monde de plus en plus obnibulé par la performance et la perfection, au point de mettre en veille les enseignements et la place fondamentale de la mémoire dans l’Histoire toujours en marche de l’humanité. Quête (in)humaine de la perfection
Référence absolue de notre modernité galopante, la révolution informatique et ses logiciels toujours plus efficients fournissent le cadre idéal à cette création théâtrale, d’autant plus qu’au point où nous en sommes, Philippe Adrien et Jean-Louis Bauer assimilent cette quête (in)humaine de la perfection à… un programme informatique. Soit un dispositif qui connaît différents bugs plus ou moins graves, dont peut témoigner la tragique Histoire du vingtième siècle. Bug ! met en scène deux brillants informaticiens, lauréats d’un concours de logiciels qui, alors qu’ils présentent leur création au public, sont métamorphosés en avatars, plus précisément en… chimpanzés. Ils partent alors débusquer le bug, sillonnant sans relâche l’espace et le temps, de l’Europe à l’Afrique en passant par le Château de Versailles et le Rwanda. Ils croisent nombre de célébrités vivantes ou disparues, en quête du dysfonctionnement qui toujours leur échappe. Treize comédiens talentueux sont partie prenante de cette inlassable chasse au bug, où Philippe Adrien devrait pouvoir déployer tout son humour et toute son audace, prompts à dévoiler les vérités cachées sous la surface… de l’écran. Agnès Santi
L'EXPRESS - 13/09/12
Un Bernard Arnault plus vrai que nature au théâtre
Hasard du calendrier, dans une pièce de théâtre bientôt jouée à Paris, un personnage s'inspire largement du patron de LVMH, Bernard ...
L'EXPRESS - 13/09/12 Un Bernard Arnault plus vrai que nature au théâtre
Hasard du calendrier, dans une pièce de théâtre bientôt jouée à Paris, un personnage s'inspire largement du patron de LVMH, Bernard Arnault. Le metteur en scène analyse la polémique.
Déjà objet de multiples caricatures depuis l'annonce de son intention de demander la nationalité belge, Bernard Arnault va bientôt devenir un personnage de théâtre. Metteur en scène et co-auteur de la pièce de théâtre Bug !, Philippe Adrien assure ne s'intéresser en tant que tel à l'individu Bernard Arnault, mais à ce que ce personnage dit de notre société.
La preuve? Dans sa pièce, il a croisé le patron de LVMH avec son grand rival François Pinault, et il en résulte ce "Bernard Pinault", capitaine d'industrie et mécène de l'art contemporain. Philippe Adrien a un concept pour décrire ce qui vient d'arriver à Bernard Arnault, celui de "la tâche aveugle": "Ce type est le parangon des communicants. Il doit passer le plus clair de son temps à calculer au mot prêt sa communication, et voilà qu'il se fait dépasser! La tâche aveugle, c'est le symptôme de gens compétents pris au piège de leurs pratiques."
Dans un contexte politique marqué par la rigueur et les efforts budgétaires pour tous, le metteur en scène s'étonne que Bernard Arnault n'ait "pas anticipé le tollé qu'allait provoquer sa volonté d'obtenir la nationalité belge: le bug est là." Les explications du milliardaire, qui assure que son vrai-faux exil n'a rien à voir avec la fiscalité, Philippe Adrien préfère en rire: "Peut-être est-il amoureux de la reine Fabiola!"
A voir notre reportage sur les répétitions de la pièce Bug !
WEBTHEA - 02/10/12
Les délires d’un monde en panne généralisée
Un pur auteur de théâtre, Jean-Louis Bauer, et un metteur en scène qui a derrière lui une carrière d’auteur (lointaine), ...
Un pur auteur de théâtre, Jean-Louis Bauer, et un metteur en scène qui a derrière lui une carrière d’auteur (lointaine), Philippe Adrien, se sont associés pour écrire de conserve une pièce absolument insolite, qui tient du feuilleton, de l’anticipation, de la satire sociale, du voyage planétaire, tout en tournant auteur d’un concept central : le bug, l’explosion, l’échec. Cela s’appelle Bug ! et nos auteurs affirment : « Le bug n’est pas seulement dans le logiciel. Le bug est dans le monde, comme défaut mais aussi comme principe créateur. » Ce qui va bien plus loin que le fameux principe de Peter, selon lequel, plus on est mauvais, plus on grimpe dans l’échelle sociale et professionnelle. Ici, les XX et XXe siècles sont vus – non sans humour -, on s’en doute, par deux Jules Verne qui voient l’humanité, ou du moins ses dirigeants et ses vedettes, fonctionner dans la frénésie des ratages.
Il y a bien une histoire mais ses rebonds, ses hoquets sont tels qu’on peut la perdre en cours de route et rattraper l’une ou l’autre de ces tranches de mille-feuilles d’un épisode à l’autre. Invités au château de Versailles pour recevoir leur prix gagné à un concours international de logiciels, deux jeunes informaticiens sont victimes d’un bug : ils sont transformés en chimpanzés. Dans l’espoir de retrouver leur nature humaine ils partent à la chasse au bug et ils ont de quoi se perdre parmi tant de bugs, dans le passé qui eut lieu à Auschwitz comme dans le présent d’une chambre d’hôpital, sur un terrain de football ou dans le Rwanda qui se remet tant bien que mal du massacre entre Tutsis et Hutus. Tout est bug. Et tout est la comédie du bug.
Par sa conception intellectuelle, la pièce est très moderne, puisqu’elle s’appuie sur la vitesse et les plantages de l’informatique. On peut penser à Alain Resnais, à Peter Greenaway ou à John Irving. Mais s’inscrit joyeusement en filigrane le souvenir des spectacles rebelles des années 70, avec leur obscénité affichée et leur érotisme anti-bourgeois. C’est aussi une parade moqueuse de la modernité : on y voit Bernard Pinaud – qui doit être un combiné de Pinault et Arnault -, et d’autres personnages dont le nom n’est pas détourné, Genet, Houellebecq. Genet échappe au ridicule, mais pas les autres ! Dans la course à l’imposture on voit aussi un sculpteur rwandais acceptant une commande pour un mémorial impossible sur le génocide qui a frappé son pays et s’en occuper dans la plus parfaite mondanité !
Ce n’est pas un spectacle du meilleur goût ! Il effarouchera plus d’un spectateur. Joe Sheridan incarnant un hermaphrodite – lui qu’on avait vu l’an dernier si convenable et parfait dans le Hitchcock imaginé par Alain Riou et Stéphane Boulan – fait un numéro de cabaret délirant. On ne peut sans doute pas tout aimer dans ce délire que ponctuent les zébrures d’un écran de PC en folie, mais, servi par une troupe déchaînée et précise (Tony Mpoudja, Manon Kneuzé, Bernadette Le Saché, Alain Gautré), ce Bug ! de Bauer et Adrien est d’une audace qu’on ne voit nulle part ailleurs. Avec fracas et invention, il brise heureusement la routine de la culture officielle. Gilles Costaz
EVENE.FR - 05/09/2012
Houellebecq, star de la rentrée théâtrale
C’est dans la nouvelle pièce ...
EVENE.FR - 05/09/2012 Houellebecq, star de la rentrée théâtrale
C’est dans la nouvelle pièce de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien que vous pourrez croiser l’écrivain Michel Houellebecq et Bernard Pinaud (tous deux interprétés par Alain Gautré) ou encore Michael Jackson (Pierre Lefebvre). Le pitch de cette création intitulée Bug ! qui s’annonce délirante donne le ton : deux jeunes informaticiens brillants sont métamorphosés en chimpanzés. Ils doivent alors faire la chasse au bug, une enquête qui les mènera à la rencontre de nombreuses personnalités vivantes ou disparues. À voir à partir du 22 septembre au théâtre de la Tempête.
.E VOUS Paris 12e - 25/09/12
’BUG !’ : Le sens de la vie pour les chimpanzés
Deux jeunes informaticiens de talent sont sur le point de se voir attribuer une récompense lors d’un concours international de logiciel, quand un gros bug survient : les deux jeunes ...
.E VOUS Paris 12e - 25/09/12 ’BUG !’ : Le sens de la vie pour les chimpanzés
Deux jeunes informaticiens de talent sont sur le point de se voir attribuer une récompense lors d’un concours international de logiciel, quand un gros bug survient : les deux jeunes gens sont transformés en chimpanzés ! Pour retrouver leur condition d’être humain, les deux informaticiens vont devoir remonter la chaîne de l’évolution, ou plutôt la redescendre... En route, ils croiseront diverses célébrités vivantes ou disparues, et feront le tour du monde, du Château de Versailles au Rwanda, à la recherche du satané bug.
« Mettre la main sur le responsable du malaise dans la civilisation est à l’évidence un challenge au-dessus de leurs forces. Car le bug n’est pas seulement dans le logiciel. Le bug est dans le monde, comme défaut mais aussi comme principe créateur… Et si le moment était venu de faire le point ? »
Comédie déjantée, délirante et définitivement contemporaine, bien que revenant sur les siècles précédents à vitesse grand V, BUG ! est une pièce de théâtre métaphysique sans prise de tête servie par une douzaine d’acteurs impliqués et dynamiques. Êtes vous prêts pour le théâtre 2.0 ? Morgan Le Moullac
LA THEATROTHEQUE - 25/09/12
La création dramatique assimile le traitement de l’information et le redimensionne dans un dispositif scénographique assisté par l’afflux des nouvelles technologies. Derrière les ...
LA THEATROTHEQUE - 25/09/12
La création dramatique assimile le traitement de l’information et le redimensionne dans un dispositif scénographique assisté par l’afflux des nouvelles technologies. Derrière les portes codées des laboratoires, des cerveaux immunisés aux risques et aux périls s’activent à réfléchir à des intelligences artificielles, lesquelles demain seront connectées sur le mode login. La moindre faute de frappe déclenche un bug, puissance X, sur l’échelle de la virtualité. Dans quelques secondes, vous serez les témoins et peut-être les victimes d’une révolution informatique, le Bug. Charline et Arthur, deux jeunes et brillants informaticiens, sont les lauréats d’un concours international de logiciels...
Coup de tempête à La Tempête. Le théâtre brûle ses dernières cartouches, exit le rideau, la scène a mué en écran, des formes humaines se profilent derrière le plasma, une voix énumère une liste de noms anonymes. L’étrange parasite l’espace, l’ailleurs surgit de l’insondable, la morale désincarcère la conscience de l’humain, lequel se post-conçoit dans un projet identitaire à l’échelle de la planète.
Réflexion métaphysique de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien livrée en l’état à une interrogation collective, où en est la civilisation ? La question, une suite de points d’interrogations derrière lesquels il faudrait ouvrir autant de guillemets qu’il y a d’hommes recensés sur terre. Qui est capable d’apporter une réponse claire, nette et précise à cet instant ? Fermons les guillemets car il n’y a pas une réponse, mais des logiciels ultra-intelligents conçus par des matières grises vouées à solutionner les questions les plus complexes. Bug. L’avenir appartient à la jeunesse. C’est ainsi qu’Arthur et Charline, de remarquables informaticiens, ont été nominés à un concours international de logiciels. Prêts à exposer leur création au public, un dysfonctionnement enraye leur projet et pour toute alternative, un bug les transforme en chimpanzés. Le virus affecte tous les protagonistes comme touchés par une maladie nosocomiale générée par un insidieux concours de circonstance. Qu’adviendra-t-il des deux malheureux mutants ?
L’incroyable mécanique de Philippe Adrien, conçue comme un logiciel, se met en marche. Tel un programme informatique initialisé pour perturber les geeks, l’écran dématérialise les images, stigmatise les idéaux et renvoie l’utilisateur à l’impossibilité de réagir promptement face à cette situation. L’information relaie la mémoire, sous la forme d’hologrammes, des drames marquants du vingtième siècle. Le génocide rwandais est restitué à l’Histoire avec un H majuscule comme humanité. L’atrocité d’un conte écrit avec le sang des victimes innocentes décapitées est véhiculé dans la région de Kigali par un rescapé, lequel a trouvé refuge dans un rêve en pop-up animé par un opéra d’oiseaux. Autre parenthèse, la Shoah. La vieille dame alitée feint ne plus se souvenir du train de la mort l’amenant avec sa famille à Auschwitz. Poussière de peuples envolée à jamais dans les précipices de l’horreur. Les comédiens, selon les épisodes évoqués, semblent avoir vécu ces tragédies tant de leur interprétation émerge des vies condamnées à souffrir et à mourir dans d’innommables conditions.
Philippe Adrien n’est pas homme à se laisser aller au pathos, le texte coécrit avec Jean-Louis Bauer glisse entre dérision et peut-être déraison. Une manière de faire comprendre que la civilisation se construit également avec la folie de certains hommes laissée en héritage. La scénographie se veut un concentré de performances ethniques, idéologiques et technologiques. La matière donne à réfléchir par le côté gore de certains passages confondus avec une narration singulière et librement exprimée. L’explosion des effets spéciaux transcendent Bug ! en une description épidémiologique des facteurs risques. A la virtualité des scènes découvertes se conjugue la virtuosité de la liberté artistique et des idées.
La mise en scène ne laissera personne indifférent tant la profondeur des thèmes abordés est présentée avec force, profondeur et vérité. Les comédiens, il n’y en a pas pour remplacer l’autre car chacun occupe une place légitime jouée avec respect et responsabilité. Bug !, une pièce de théâtre contemporaine qui mise sur la perversité des systèmes informatiques fédérant des énergies et des consciences en prenant pour appui le traitement de l’information. Les pare-feux clignotent, la sirène retentit, le virus s’est introduit dans l’application. Bug !, trois lettres qui déclinent la question existentielle, où en est la civilisation ? Bug !, c’est avant tout une aventure humaine menée de main de maitre par Philippe Adrien et interprétée par de brillants comédiens. Philippe Delhumeau