2011
2012
TOKYO BAR
de Tennessee Williams
adaptation Jean-Marie Besset (L'avant-scène théâtre)
mise en scène Gilbert Désveaux
En 1969,Tennessee Williams explique cette pièce brève, dense, déchirante : « La pièce traite de l'échec ordinairement précoce et particulièrement humiliant qui frappe l'artiste.» Il développe son analyse, explique en quoi Mark (Alexis Rangheard), peintre d'avant-garde, et sa femme, ...
En 1969,Tennessee Williams explique cette pièce brève, dense, déchirante : « La pièce traite de l'échec ordinairement précoce et particulièrement humiliant qui frappe l'artiste.» Il développe son analyse, explique en quoi Mark (Alexis Rangheard), peintre d'avant-garde, et sa femme, Miriam (Christine Boisson), ne peuvent désormais plus que se déchirer. Le marchand d'art requis sur place (Laurent d'Olce), dans cet hôtel de Tokyo où l'un est enfermé pour travailler et l'autre traîne au bar en quête d'aventures passagères, ne peut rien. Leprocessus de destruction est enclenché. Rien ne l'arrêtera. Et le barman (Mathieu Lee) Une histoire de rage, d'impuissance et d'amour qui ne mène qu'à l'anéantissement contemple le désastre comme un personnage de tragédie. Jean-Marie Besset a traduit ce texte avec rigueur sans jamais sacrifier la musicalité de la langue (L'Avant-Scène Théâtre éditeur) Dans un décor harmonieux d'Annabel Vergne, Gilbert Désveaux signe la mise en scène ser rée de cette histoire de rage, d'impuissance et d'amour qui ne mène qu'à l'anéantissement.Élégante, électrique, nerveuse et inquiétante, Christine Boisson est une Miriam belle et grinçante.
Armelle Héliot

Jean-Marie Besset et Gilbert Désveaux n'ont pas eu tort de s'attaquer à «Tokyo Bar», pièce méconnue de Tennessee Williams. L'adaptation fine du premier et la mise en scène retenue du second rendent justice à ce texte tardif (1969) de l'auteur américain, alors en ...
Jean-Marie Besset et Gilbert Désveaux n'ont pas eu tort de s'attaquer à «Tokyo Bar», pièce méconnue de Tennessee Williams. L'adaptation fine du premier et la mise en scène retenue du second rendent justice à ce texte tardif (1969) de l'auteur américain, alors en pleine déprime. Dans le bar d'un hôtel chic de Tokyo, Miriam, une Américaine délurée, drague le barman pendant que Mark, son mari, un peintre vieillissant et malade, s'évertue à trouver de nouvelles formes. Le couple, exsangue, sent planer la mort de l'amour... et la mort tout court. Ce théâtre d'art - sur l'art, un peu daté et bavard - parvient à émouvoir,par sa sincérité et son énergie du désespoir. La réussite du projet tient pour une bonne part à la performance de Christine Boisson, comédienne rare, qui fait de Miriam une femme absolue et libre. Elle est plutôt bien secondée - en peintre halluciné Alexis Ranghard « fait le job » et Mathieu Lee est superbement ambigu dans le rôle chaud-froid du barman. Ce spectacle exigeant, mais captivant, venu de Montpellier pour atterrir à la Cartoucherie de Vincennes vaut le détour. On en sort «jet-lagged» mais content.
PH.C.

Dans un bar de Tokyo, une Américaine d’âge mûr drague le serveur japonais, assez ahuri de certains gestes (directs) de la cliente. Mais la relation n’est qu’épisodique. Les hantises de la femme portent sur sa relation avec mari, grand artiste d’avant-garde, qui arrive et avec qui tout est sexe, débats, ...
Dans un bar de Tokyo, une Américaine d’âge mûr drague le serveur japonais, assez ahuri de certains gestes (directs) de la cliente. Mais la relation n’est qu’épisodique. Les hantises de la femme portent sur sa relation avec mari, grand artiste d’avant-garde, qui arrive et avec qui tout est sexe, débats, passion et fuite. Elle veut d’ailleurs faire interner cet homme épuisé par ses recherches d’artiste et par la drogue. Un marchand new-yorkais les rejoint pour aider au dialogue et à trouver la solution. Mais il n’y a pas de solution à cet enfer qui pousse deux êtres à s’aimer et à se rejeter en même temps.Pas tout à fait inconnue, mais inédite en français jusqu’à ce que Jean-Marie Besset en publie la traduction en 2003 (dans un volume comprenant aussi son texte français d’Un tramway nommé désir), cette pièce de Tennessee Williams n’est pas un texte mineur. Avec moins de personnages que dans ses œuvres les plus célèbres, le grand auteur du Sud américain promène ses personnages dans un impressionnant vertige intime, qu’il éclaire, à la fin, d’un étrange « cercle de lumière » mystique. C’est un vrai bonheur de voir Christine Boisson s’emparer du rôle féminin, avec son élégance traversée de brisures, son art de trouver la ligne de crête entre la santé et la folie, la lucidité et l’aveuglement, en promenant sa beauté au-dessus du vide. Face à elle Alexis Rangheard (qui remplace Robert Plagnol, titulaire du rôle du mari à la création de ce spectacle des Treize Vents de Montpellier) fait preuve d’une ambiguïté douloureuse et saisissante, tandis que Laurent d’Olce a une grande allure et une secrète humanité dans le rôle du marchand. Gilbert Désveaux a orchestré ce concerto de luttes intérieures et de guérillas conjugales avec un sens très juste de l’immobilité et de la mobilité des corps dans l’espace. Là où on craignait le démodé on trouve du vivant, du brûlant.
Gilles Costaz

Télérama
Jean-Marie Besset adapte dans un style contemporain cette pièce peu connue de Tennessee Williams. Un couple d'Américains échoue dans un bar d'hôtel à Tokyo. Le mari est artiste peintre. Pris par les forces obscures de la création, il tente d'y échapper ...
Jean-Marie Besset adapte dans un style contemporain cette pièce peu connue de Tennessee Williams. Un couple d'Américains échoue dans un bar d'hôtel à Tokyo. Le mari est artiste peintre. Pris par les forces obscures de la création, il tente d'y échapper par l'alcool. Sa femme, elle, pour exister par elle-même, drague le garçon du bar. Dérive d'un couple qui se déchire dans l'alcool et le sexe. Gilles Désveaux situe l'action dans un décor froid et lisse assez esthétisant. Des afféteries inutiles (danse de l'épouse, présence d'un personnage muet) diluent une tension dramatique qui subsiste néanmoins par moments grâce à Christine Boisson (la femme) et Laurent d'Olce (le peintre). Ils parviennent à rendre vivant et intense le combat pour la vie de ces deux personnages.
Sylviane Bernard-Gresh

La Terrasse
Jean-Marie Besset adapte la pièce inédite en France de Tennessee Williams, avec Christine Boisson et Alexis Rangheard dans le rôle du couple en faillite, dans la mise en scène de Gilbert Désveaux. Après l’extraordinaire succès des années 40 et ...
Jean-Marie Besset adapte la pièce inédite en France de Tennessee Williams, avec Christine Boisson et Alexis Rangheard dans le rôle du couple en faillite, dans la mise en scène de Gilbert Désveaux. Après l’extraordinaire succès des années 40 et 50, Tennessee Williams connaît quelques échecs, traverse un drame personnel - la mort de son compagnon - , et devient aussi souvent la proie de la drogue et l’alcool. Inédite en France, cette pièce écrite en 1969, adaptée par Jean-Marie Besset, met en scène un couple américain échoué dans un bar à Tokyo. Elle, Myriam, séductrice et volage, lointaine cousine de Blanche ou Maggie, interprétée par Christine Boisson, s’efforce de conquérir le barman de l’hôtel. Lui, Mark, interprété par Alexis Rangheard peintre à la dérive évoquant la figure même de l’auteur, sombre dans une profonde dépression que n’endigue pas le désir d’une nouvelle quête artistique. Gilbert Désveaux orchestre ce face-à-face intense et poignant entre deux êtres perdus.
Agnès Santi

"Je ne ferai semblant de rien"
Tokyo bar, théâtre de la tempête,Tennessee Williams, Jean-marie Besset, Gilbert Désveaux, Christine Boisson, Laurent D'olce, Mathieu Lee, Alexis Rangheard.C'est une pièce inédite en France de Tennessee Williams ...
"Je ne ferai semblant de rien"
Tokyo bar, théâtre de la tempête,Tennessee Williams, Jean-marie Besset, Gilbert Désveaux, Christine Boisson, Laurent D'olce, Mathieu Lee, Alexis Rangheard.C'est une pièce inédite en France de Tennessee Williams que nous propose actuellement le Théâtre de la Tempête. A la fin des années 60, lorsqu'il écrit Tokoy Bar, presque 25 ans après La ménagerie de verre, le dramaturge américain est sur le déclin. La pièce, créée "Off Broadway", sera peu reprise ensuite. Un critique du New-York Times ira même jusqu'à la considérée comme injouable."Le texte anglais est obscur, il y a beaucoup de passages où l'on ne comprend pas vraiment de quoi il est question" explique Jean-Marie Besset qui a signé l'adaptation, allant même jusqu'à évoquer un "travail d'archéologie" plus que de traduction. Dans un bar d'hôtel à Tokyo, Miriam (Christine Boisson) traine son désarroi, coincée là avec son mari, Mark, artiste peintre en plein délire (Alexis Rangheard). Ce que veut Miriam, c'est le réexpédier aux Etats-Unis pour le faire interner et, pour cela, appelle au secours Leonard (Laurent d'Olce), marchand d'art qui commercialise les oeuvres de Mark.Christine Boisson porte merveilleusement cette pièce, incarnant un personnage fort et fragile à la fois. Séductrice - impressionnant numéro de drague sur le serveur du bar, interprété par Mathieu Lee - il faut la voir, majestueuse et dominatrice, dans une robe échancrée jusqu'au bas du dos. Une assurance qui cache une faille. La folie de son mari la plonge dans une colère, une rage démesurée. On la sent au bord du gouffre. Alexis Rangheard joue parfaitement ce mari vacillant, imbibé d'alcool et dévoré par son œuvre. Sur scène, il tremble, chancelle, titube, s'agrippe à cette femme qui ne veut plus de lui.Disons-le clairement : Tokyo Bar est très en deça des pièces de Tennessee Williams que l'on connait. Mais la qualité de l'interprétation et l'élégante mise en scène de Gilbert Désvaux sauvent ce spectacle qui mérite le déplacement à la Cartoucherie de Vincennes.

Oubliez le sud américain et la moiteur du "Tramway" ou de la "Chatte sur un toit brûlant" auxquels l'auteur et Hollywood nous avaient habitués. "Tokyo Bar", pièce inédite en France datant de 1969, adaptée ici par Jean-Marie Besset, nous embarque, comme son ...
Oubliez le sud américain et la moiteur du "Tramway" ou de la "Chatte sur un toit brûlant" auxquels l'auteur et Hollywood nous avaient habitués. "Tokyo Bar", pièce inédite en France datant de 1969, adaptée ici par Jean-Marie Besset, nous embarque, comme son titre l'indique, à Tokyo, dans un bar d'hôtel où deux new-yorkais, une femme (Christine Boisson) et son mari (Alexis Rangheard), artiste-peintre à bout de souffle créatif, torturé, dépressif et alcoolique, voient leur histoire d'amour s'éteindre. Une tragédie intime poignante et une représentation violente, quasi autobiographique, de l'artiste obsédé, dévoré, condamné par son art, dans l'incapacité de laisser une quelconque place dans sa vie à l'être aimé.Pour porter les excès, le lyrisme et la poésie "williamsienne", il faut de grands, d'immenses interprètes. En tête de distribution, Christine Boisson nous impressionne. Ne quittant quasiment jamais le plateau, elle campe avec intensité cette femme ne supportant plus de voir son mari "partir", cherchant dans des aventures extra-conjugales d'un soir (ou moins) un réconfort et une assurance illusoires. A la fois forte et borderline, elle traverse la pièce sur un fil jusqu'à l'issue fatale. Elle est magnifique et bouleversante. A ses côtés deux superbes acteurs. Alexis Rangheard d'abord, qui interprète son mari, joue l'alcoolisme et la névrose avec une vérité troublante, saisissante et déchirante. Mathieu Lee ensuite, dans le rôle du barman, à la fois témoin de cette tragédie et proie de Christine Boisson, fait preuve d'une écoute remarquable et d'une justesse absolue dans un jeu minimaliste et rigoureux. Mais n'oublions pas Laurent D'Olce qui, en ami du couple débarquant au dernier moment pour tenter de sauver les meubles, assiste impuissant au drame. Si le rôle est plus accessoire, le comédien n'en est pas moins convaincant. L'adaptation soignée et moderne de Jean-Marie Besset, respectant la vivacité, le piquant et la poésie de l'auteur, une mise en scène de Gilbert Désveaux qui sait prendre son temps et laisser la place au silence, ainsi qu'une scénographie (Annabel Vergne et Marie Delphin) paradoxalement aussi majestueuse et impressionnante qu'aérienne, achèvent de rendre ce moment de théâtre particulièrement réussi. Créé au Théâtre des 13 Vents de Montpellier (dirigé par Besset) en début de saison, le spectacle se donne à la Tempête jusqu'au 2 juin. Allez-y !

Cette pièce intervient relativement tard dans la carrière de Tennessee Williams. En 1969, après une décennie passée à conjuguer alcool et médicaments comme seule réponse à une dépression. « Tokyo bar » ne fait assurément pas partie de ses meilleures ...
Cette pièce intervient relativement tard dans la carrière de Tennessee Williams. En 1969, après une décennie passée à conjuguer alcool et médicaments comme seule réponse à une dépression. « Tokyo bar » ne fait assurément pas partie de ses meilleures productions. Le texte reste assez méconnu. Il n'a d'ailleurs jamais été monté en France. Jean-Marie Besset a soigné son adaptation. Il a su garder la vivacité du verbe du dramaturge américain tout en lui insufflant une intelligente modernité. On est ici bien loin de l'ambiance « deep south », Sud profond et moite de l'Amérique, qui sert de cadre à ses plus grands succès. C'est d'ailleurs ce contre-pied à la chaleur de l'univers de Williams que Gilbert Désveaux met en exergue dans sa mise en scène. Il joue l'élégante carte d'une esthétique glacée comme pendant visuel du mystère enveloppant les personnages de la pièce. L'écrin que leur offrent le décor et la scénographie d'Annabel Vergne est paradoxalement idéal. Un cadre lisse, froid et presque serein alors que ça explose de toutes parts dans les cœurs, les corps et les têtes de Miriam et Mark. Car « Tokyo Bar » est avant tout l'histoire de la fin d'un couple. Celui que forment cette femme et ce peintre new-yorkais, échoués dans ce bar japonais. Christine Boisson endosse remarquablement les habits de Miriam. Avec une sorte d'assurance illusoire, elle est brûlante d'intensité et nous fera passer par toutes les émotions avant de rendre les armes. A ses côtés, dans la partition de l'artiste névrosé et malade, Alexis Rangheard travaille les mêmes nuances. Il faut aussi applaudir la prestation de Mathieu Lee, dans le rôle du barman. Dans sa mise en scène, Désveaux a voulu privilégier les silences qui signifient parfois plus que les mots balancés au visage de l'autre. Démarche poétique qui lui fait courir le risque de certaines longueurs, essentielles pourtant pour rendre au plus précis la langueur des âmes «Williamsiennes ».
Dimitri Denorme

Première parisienne hier soir de Tokyo Bar. La pièce de Tennessee Williams créée à Montpellier en octobre dernier est à l’affiche du Théâtre de la Tempête jusqu’au 2 juin avec Christine Boisson. Texte peu joué de l’auteur d’un Tramway nommé ...
Première parisienne hier soir de Tokyo Bar. La pièce de Tennessee Williams créée à Montpellier en octobre dernier est à l’affiche du Théâtre de la Tempête jusqu’au 2 juin avec Christine Boisson. Texte peu joué de l’auteur d’un Tramway nommé désir, Tokyo Bar a été finement adapté par Jean-Marie Besset, directeur du Théâtre des Treize Vents à Montpellier dans une mise en scène de Gilbert Désveaux. Dans une atmosphère et une scénographie à la Hopper, Christine Boisson dans un jeu brûlant et félin, incarne Miriam une riche et séduisante américaine qui drague un barman dans un grand hôtel de Tokyo. La comédienne brille dans son cercle de lumière, tendue sur ses talons aiguilles, virevoltant dans sa robe sexy ouverte jusqu’à ses reins. Arrive ivre mort, Mark, son mari, joué à Paris par Alexis Rangheard. dans le rôle halluciné d’un peintre new yorkais de l’abstraction, en quête jusqu’à la folie d’une inspiration à jamais perdue.Danse de survie mais surtout danse de mort, ce texte de Tennessee Williams a été créé en 1969 à Broadway. Tokyo Bar est l'œuvre manifeste d'un dramaturge passé de la lumière à l'ombre, de l'adulation à la vindicte, l'Amérique puritaine des années 50 n’a pas épargné Tennessee Williams, sur la question de son homosexualité. La pièce illustre le drame personnel du dramaturge, noyé dans l’alcool et les médicaments après la disparition de son compagnon. Tennessee Williams est mort seul dans un hôtel minable de New-York, 14 ans après cet opus étrange, le 25 février 1983 il y a presque 30 ans. Tokyo Bar est aussi une œuvre sur la panique et l’effroi de l’artiste au crépuscule de sa vie, et sur l’échec de l’amour conjugal.

Le Canard enchainé
Ce n'est pas la pièce la plus drôle de la saison, mais on y rit beaucoup. « Je me suis toujours servi du rire pour éviter les pleurs », disait Tennessee Williams, l'auteur, dans ses « Mémoires d'un vieux crocodile ». Il devait en avoir ...
Ce n'est pas la pièce la plus drôle de la saison, mais on y rit beaucoup. « Je me suis toujours servi du rire pour éviter les pleurs », disait Tennessee Williams, l'auteur, dans ses « Mémoires d'un vieux crocodile ». Il devait en avoir pas mal à éviter à l'époque (1968): accroché aux barbituriques, sur la voie d'un « effondrement graduel », il fut interné peu après...Le bar d'un grand hôtel, à Tokyo : lignes épurées, grand panneau lumineux, décor aussi zen qu'impersonnel. Derrière le zinc, le barman impassible (Mathieu Lee) prépare des cocktails. Arrive une cliente élégante, plus toute jeune, vêtue d'une jolie robe beige échancrée jusqu'au bas du dos.D'entrée de jeu, elle s'amuse à draguer le jeune barman, à le provoquer, allume sous son nez une pipe de marijuana, et, quand il s'absente un moment, en profite pour évoquer ses souvenirs face au public: « Une fois, près de New York, sur la plage dans un club très huppé - ils m'aiment beaucoup, là-bas -, je dansais avec un beau jeune homme inexpérimenté, je lui ai dit tout bas à l'oreille: « Ca t'embête pas si je te touche un peu la bite? » Sidéré, il était. » Tennessee Williams a toujours aimé les personnages qui parlent cru, sont au bout du rouleau, le disent haut et fort et tant bien que mal... Christine Boisson incarne cette Miriam: on n'a d'yeux que pour elle. Tout en angles et en nerfs, elle a la fêlure et la force qu'il faut, à la fois louve et chatte sur un toit brûlant. Que fait-elle dans cet hôtel japonais? Elle y a atterri avec Mark (Alexis Rangheard), son mari, célèbre peintre new-yorkais d'avant-garde. Ils voulaient changer d'air et de décor, c'est raté: il va très mal, et leur couple explose. Elle appelle à la rescousse et par télégramme Leonard (Laurent d'Olce), le marchand d'art qui a lancé Mark. Celui-ci débarque illico de New York ; peine perdue: tout ça finira mal... Dans une lettre d'intention qu'il priait le metteur en scène de faire lire à la troupe, Tennessee Williams explique que sa pièce « traite de l'échec ordinairement précoce et particulièrement humiliant qui frappe l'artiste », lequel a donné la priorité absolue à son art, s'est trouvé une femme qui accepte d'être reléguée à la seconde place, mais, les années ayant passé, et la jeunesse, il s'est laissé dévorer complètement par son oeuvre, tandis qu'elle ne supporte plus son statut et « le fera payer (se vengera) par de multiples aventures ou de simples rencontres, parfois aussi voraces que celles de Miriam ». Cet artiste en perdition n'est pas un personnage fabriqué : Tennessee Williams (1911-1983) en a fréquenté beaucoup du même bois, dont le peintre Jackson Pollock, et lui-même a connu son lot de déboires psychiatriques, de fringales (homo) sexuelles et de « stimulants artificiels » ... Aussi, quand Mark, drogué jusqu'aux yeux, entre dans le bar en titubant, costume maculé de peinture, secoué de tremblements, et se met à tenir des propos incohérents sur son art, la couleur et la lumière, on sait qu'il s'agit de son double, et qu'au fond l'auteur se montre à nous tel qu'il se voit, et se dégoûte à la fois. Dommage qu'en le mettant en scène Gilbert Désveaux ait demandé à l'acteur d'en rajouter : ce peintre déglingué tremble trop, tombe trop, bafouille trop. On trouvera la fin étrange, aussi : autant tout au long de la pièce le texte (adapté par Jean-Marie Besset) est au cordeau, à l'os, vif, et fusent les répliques cinglantes, autant le monologue final de Miriam paraît verbeux et redondant, ah, ces « cercles de lumière » à répétition... On l'aura compris : ce « In the Bar of a Tokyo Hotel » (le titre d'origine), créé ici pour la première fois en France (et monté voilà douze ans par Armand Delcampe à Louvain-la-Neuve), n'égale pas les chefs-d'œuvre de Tennessee Williams comme Un tramway nommé désir et Soudain l'été dernier , mais il régalera qui aime la belle ouvrage, les danses de mort et Christine Boisson...
Jean-Luc Porquet

L'Express
Qui ? Christine Boisson fait partie de ces comédiennes dont la féminité et le talent se bonifient avec l'âge.Au théâtre, d'abord, elle s'est fait remarquer dans des pièces classiques : La Mouette, deTchékhov, Périclès, ...
Qui ? Christine Boisson fait partie de ces comédiennes dont la féminité et le talent se bonifient avec l'âge.Au théâtre, d'abord, elle s'est fait remarquer dans des pièces classiques : La Mouette, deTchékhov, Périclès, prince de Tyr, de Shakespeare. Mais les cinéphile sont pu également la découvrir devant la caméra de Garel, d'Antonioni, d'Assayas et, plus récemment, de Maïwenn dans Le Bal des actrices. Dans Tokyo Bar, pièce tardive et méconnue de Tennessee Williams, mise en scène par Gilbert Désveaux,elle campe sûrement l'un de ses plus beaux rôles. QUOI ? Miriam est la compagne d'un peintre au dernier stade de l'alcoolisme. Dans un bar tokyoïte dépouillé,elle tente de négocier dignement la mort de son mari, qui n'en a plus pour très longtemps à vivre. La pléthore d'émotions qu'elle parvient à véhiculer sidère : sensuelle lorsqu'elle drague le barman, mais aussi drôle, tragique,grotesque. Voilà quelqu'un qui parvient à incarner l'ambivalence des sentiments (le dégoût et l'attachement pour son mari) avec une justesse de jeu déconcertante.




