Philippe Adrien

 

C’est à la fin des années 60 que Philippe Adrien, alors acteur, se fait connaître comme auteur dramatique : La Baye montée en 1967 par Antoine Bourseiller, avec Jean-Pierre Léaud et Suzanne Flon – puis trente ans plus tard par Laurent Pelly – met en situation une famille : satire sociale bien sûr, mais l’enchevêtrement des répliques et la dynamique intensive du dialogue révèlent un goût et un art du désordre qui mèneront Philippe Adrien vers des auteurs « irrévérencieux » : Jarry, Gombrowicz, Witkiewicz, Cami ou encore Copi…

Le metteur en scène s’affirmera dans les années 70 au sein d’un travail collectif d’expérimentation, aux côtés un temps de Jean-Claude Fall : L’Excès d’après Georges Bataille ; L’Œil de la tête – effet Sade (auteur qu’il retrouvera en 1989 avec le texte d’Enzo Cormann Sade, concert d’enfers) ; Le Pupille veut être tuteur de Peter Handke (partition sans dialogue) ; La Résistance : ces spectacles se donnent comme autant de questions ou provocations au théâtre, à son cadre, à ses contenus, à sa capacité de Représentation (titre d’une œuvre de 1976).

C’est en Allemagne, paradoxalement, qu’il aborde son premier auteur du répertoire : Molière, qu’il ne quittera plus : ce seront Dom Juan, George Dandin, puis une pièce qu’il lui consacre en 1979 : Le Défi de Molière, sur trois moments clés de la vie de Jean-Baptiste Poquelin.

Le début des années 80 va constituer une charnière : Jarry (Ubu roi et Ubu cocu), Witkiewicz (La Poule d’eau) prolongent le geste libérateur et provocateur du cycle précédent : le théâtre y reste défini comme transposition scénique de processus mentaux, et c’est avec l’œuvre de Kafka que ce mouvement va ensuite cristalliser : Une Visite, adaptation du chapitre 7 de L’Amérique en révèle la dimension loufoque et jubilatoire puis, trois ans plus tard, Rêves de Kafka place l’activité onirique au cœur de la création.

Nommé en 1981 directeur du Théâtre des Quartiers d’Ivry, à la suite d’Antoine Vitez, Philippe Adrien y présentera Monsieur de Pourceaugnac (toujours Molière), Homme pour homme de Brecht, La Funeste Passion du professeur Forenstein dont il est l’auteur, La Mission de Heiner Müller.

C’est en 1983 qu’il est pour la première fois invité à mettre en scène à la Comédie-Française où il monte Amphitryon et Le Médecin Volant de Molière puis, dans la décennie 90, au Vieux Colombier, Maman revient, pauvre orphelin de Jean-Claude Grumberg, Point à la ligne de Véronique Olmi, L’Incorruptible de Hugo von Hofmannsthal, Monsieur de Pourceaugnac de Molière, Extermination du peuple de Werner Schwab. Il signe en 1995 une mise en scène des Bonnes de Genet et de Arcadia de Tom Stoppard, que le succès conduira à reprendre à la salle Richelieu les saisons suivantes.

Dans le même temps, Philippe Adrien met en scène Tennessee Williams à deux reprises : Un tramway nommé désir, avec Caroline Cellier, au Théâtre Eldorado (1999), puis Doux oiseau de jeunesse, avec Claudia Cardinale, au Théâtre de la Madeleine (2005).

Une étape marquante sera la longue période d’ateliers, puis d’enseignement régulier (1989-2003) au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. La transmission pédagogique va indéniablement rapprocher Philippe Adrien de la littérature théâtrale. De nombreux projets naîtront « dans la classe », constituant une traversée du temps : Shakespeare (Hamlet, puis Le Roi Lear), Marivaux (Les Acteurs de bonne foi et La Méprise), et pour le XXe siècle Claudel (L’Annonce faite à Marie), Brecht (La Noce chez les petits bourgeois), Vitrac (Victor ou les enfants au pouvoir), Gombrowicz (Yvonne, princesse de Bourgogne), Copi (L’Homosexuel), Armando Llamas (Meurtres de la princesse juive)…

Ses relations avec le continent africain - son histoire et sa mémoire - ont conduit Philippe Adrien à monter Kinkali d’Arnaud Bédouet (Molière du meilleur spectacle de création en 1997) ; à aborder la question de la colonisation avec Mélédouman de Philippe Auger d’après La Carte d’identité de Jean-Marie Adiaffi (création à Brazzaville), puis Le Projet Conrad, adaptation de la nouvelle Un Avant-poste du progrès ; enfin, à porter à la scène le roman d’Amos Tutuola L’Ivrogne dans la brousse et à réaliser récemment au Bénin Rêver à Cotonou, création collective.

Par ailleurs, une fructueuse collaboration avec Bruno Netter (acteur aveugle) et la Compagnie du Troisième Œil, composée de comédiens handicapés et valides, a donné une perspective et une résonance inédites au Malade Imaginaire de Molière en 2001, puis au Procès de Kafka, à Œdipe de Sophocle, à Don Quichotte de Cervantès et aux Chaises de Ionesco en 2011.

On ne saurait dissocier le parcours artistique de Philippe Adrien du Théâtre de la Tempête, sis à la Cartoucherie, dont il est depuis vingt ans le directeur et le programmateur : lieu d’accueil et de création, ouvert aux jeunes compagnies comme aux metteurs en scène confirmés, aux propositions les plus contemporaines comme au vaste trésor du répertoire.

Ces dernières années, La Mouette puis Ivanov (2006 – 2008) ont placé Tchekhov parmi les auteurs de référence de Philippe Adrien, aux côtés de Claudel - dont il monte en 2012 Partage de midi mais aussi une farce mythologique oubliée : Protée qui sera repris en 2014 au Théâtre de la Tempête -, et de Molière encore, dont il mettra en scène L’École des femmes en septembre 2013.

Ce répertoire dramatique ne saurait cependant éluder l’inquiétude et la curiosité quant au présent : qu’il s’agisse d’auteurs contemporains et de leurs paraboles sur l’histoire - Mayorga La Tortue de Darwin ou Werner Schwab Excédent de poids, insignifiant amorphe -, de situations vécues, privées - Exposition d’une femme, lettre d’une psychotique d’après Blandine Solange -, ou publiques voire politiques - L’Affaire, suite à l’événement DSK : le projet reste bien d’interroger le monde et son envers. Bug ! vaste fresque coécrite avec Jean-Louis Bauer en 2011 se proposait, sous la forme d’un périple rêvé à travers notre mémoire et les enjeux scientifiques et artistiques actuels, de « faire un point » sur notre civilisation.

Nature – selon Molière ; Vie – selon Tchekhov ; Esprit – selon Claudel : tels pourraient être les maîtres mots d’un parcours qui ne cesse de mettre en tension – sans espoir de résolution – ordre et désordre, contrainte et liberté, forces et forme, fini et infini, soit un portrait de l’humanité « aussi proche des poubelles que de l’éternité ». 

A récemment mis en scène :

• 2013
- L'Ecole des femmes de Molière
  (création en septembre 2013)
- Partage de midi de Paul Claudel
  (création en janvier 2013, tournée 2014)
- Protée de Paul Claudel
  (création en janvier 2013, tournée 2014)

• 2012
- Exposition d'une femme
  d'après Blandine Solange
- Bug ! de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien
- L'Affaire de Jean-Louis Bauer

• 2011 
- Les Chaises de Eugène Ionesco
- La Tortue de Darwin de Juan Mayorga

• 2010 
- Le Dindon de Georges Feydeau
4 nominations aux Molières 2011
(reprise parisienne en septembre 2011, tournée de janvier à juin 2012 et en 2013)

• 2009 
- Le projet Conrad d'après Jospeh Conrad
Une Vie de château de Jean-Louis Bauer et Michel Couvelard
Œdipe de Sophocle

• 2008 
- Ivanov de Anton Tchekhov
Meurtre par omission de Jean-Pierre Klein

• 2007 
- Meurtres de la princesse juive de Armando Llamas
Don Quichotte de Cervantes 

• 2006 
- La Mouette de Anton Tchekhov
- L’Ecclésiaste, tout est fumée
Jeux de massacre de Eugène Ionesco

• 2005 
- Andromaque de Racine
- Phèdre de Racine
La Noce chez les petits-bourgeois créoles d’après Bertolt Brecht  
- Mélédouman de Philippe Auger
Doux Oiseau de jeunesse de Tennessee Williams
- Le Procès de Frantz Kafka

• 2004 
- Yvonne, princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz
- Meurtres de la princesse juive d’Armando Llamas (maquette)
Le Fantaisiste avec Rufus

• 2003 
- Cadavres exquis d’après le répertoire du Grand-Guignol
L’Incroyable Voyage de Gilles Granouillet

• 2002 
- Extermination du peuple de Werner Schwab
L’Ivrogne dans la brousse d’après Amos Tutuola

• 2001 
- Le Malade imaginaire de Molière
Monsieur de Pourceaugnac de Molière

• 2000 
- Le Roi Lear de William Shakespeare
Les Bonnes de Jean Genet

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