de la magie
Dans les pages qui suivent se déploie une saison. C’est à chaque fois émouvant et troublant de découvrir côte à côte toutes ces aventures si singulières, si différentes les unes des autres.
Aventure c’est le mot ! Le chemin est de plus en plus long entre le premier rêve d’un spectacle, les premiers mots sur le papier d’un texte en devenir et le moment si précieux de la représentation. Les embûches s’amoncellent de façon vertigineuse sur le chemin des compagnies – coupes budgétaires, saisons amputées, censures, menaces de fermeture… – Et toujours ce qui mène le long de la route, c’est l’optimisme de l’enfant chevillé au corps. Ce même optimisme qui irradie du public, lui qui vient jusqu’au fond du bois s’enfermer dans une boîte noire dans l’espoir d’un moment de magie.
Ces aventures sont le fruit de rencontres avec des artistes, de curiosités, d’affinités qui ne s’ordonnent autour d’aucun thème préalable. Et pourtant, ainsi réunies sur une brochure, elles dessinent comme un cadavre exquis de notre rapport au monde. Se forme au travers de ces multiples facettes un visage de notre temps, vu de l’intérieur. Sur ce visage on peut lire une mise au jour de nos obsessions, de nos désirs, de nos effrois, de nos révoltes. Si on plonge dans ses yeux, s’ouvre une ligne de fuite, un appel, la possibilité d’une échappée.
S’échapper, se distraire du monde, le théâtre nous perd, et c’est tant mieux. Perdre le monde trop étroit, trop sombre, trop cruel quel beau programme ! Se détourner de la fiction morbide qui nous tient lieu de réalité, condamnée à la pensée binaire, à l’affrontement. Faire volte-face et courir sur les traces de la vie. Les spectacles sont des actes de désertion : nous déposons les armes que ces temps nous imposent et prenons les nôtres : le rêve, la parole, la poésie, le jeu. C’est notre manière de lutter.
Nous exerçons tous ensemble notre aptitude à l’émerveillement. Quel que soit le contexte, quel qu’en soit le sujet, l’art est affaire de merveilleux. À la recherche du geste juste, du « mot juste », de la formule magique qui rappellera à nous la beauté du monde. Dans son Journal, Kafka écrit : « La splendeur de la vie est autour de chacun et s’offre toujours à lui dans toute sa profusion, mais occultée, dans les profondeurs, invisible, très loin. Il n’empêche qu’elle est là-bas, ni hostile ni récalcitrante ni sourde. Si on l’appelle par le mot juste, le nom juste, elle vient. C’est l’essence même de la magie qui ne crée pas mais appelle. »
Clément Poirée
Théâtre de la Tempête
Cartoucherie – Route du Champ-de-Manœuvre – 75012 Paris
01 43 28 36 36