Histoire du lieu
Le Bois de Vincennes, situé à l'est de Paris, est le dernier vestige de la vaste forêt de Lanchonia Silva qui entourait autrefois Lutèce. Initialement propriété de l'Église, il devient domaine royal au XIe siècle. Le roi y fait ériger des murailles, introduire du gibier et bâtir un manoir de chasse. Ce lieu évolue avec le temps : au XVIIIe siècle, les fortifications sont détruites et le château devient un arsenal militaire majeur sous Napoléon Ier, notamment durant la campagne de Russie. Un vaste polygone militaire est alors aménagé, incluant des casernes, champs de manœuvres et un atelier de poudre.
En 1860, l’État cède le Bois de Vincennes à la Ville de Paris pour en faire un espace public. Cependant, la zone militaire reste active. En 1871, Les Communards retranchés refusent de se rendre et font exploser l’atelier de poudre. Trois ans plus tard, une nouvelle usine pyrotechnique, la Cartoucherie, est construite. Elle produit des munitions pendant la Première Guerre mondiale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le site est occupé par l’armée allemande puis partiellement détruit lors de la Libération.
Durant la guerre d’Algérie, la Cartoucherie devient un Centre d’Identification, lieu de rétention ciblant principalement les Algériens. Il reste actif jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962. Dans les années 1960, l’armée libère progressivement les terrains. Plusieurs projets sont envisagés pour réhabiliter la zone, notamment une cité olympique, finalement abandonnée grâce à l’action d’associations de défense du bois.
C’est en 1970 que le Théâtre du Soleil, dirigé par Ariane Mnouchkine, découvre la Cartoucherie, alors en ruines. La troupe s’y installe d’abord temporairement, puis décide d’en faire son lieu de création. Entre 1971 et 1973, quatre autres compagnies théâtrales s’y installent également : le Théâtre de la Tempête, l’Atelier de l’Épée de Bois, l’Atelier du Chaudron et le Théâtre de l’Aquarium.
La transformation de la Cartoucherie en un centre théâtral n’a rien d’institutionnel : elle se fait sans financement public, de manière progressive et collective. Ces troupes partagent une volonté de renouveler l’art théâtral, en rupture avec les modèles classiques, et de travailler hors des cadres officiels. La Cartoucherie devient ainsi un lieu emblématique d’expérimentation artistique et de solidarité culturelle.
Extrait du texte de Joël CRAMESNIL
écrit pour le site du théâtre du Soleil en janvier 2004.